Leçons de vie

Petites doses

Beaucoup de grandes crises se composent de petites actions qui n’ont longtemps pas été faites.

L’ordre est plus facile à maintenir au quotidien qu’à rétablir après un mois. L’entretien technique coûte moins cher qu’une réparation d’urgence. Une attention régulière à une relation est plus sûre qu’un grand geste rare après une longue absence.

Il vaut en général mieux répartir les ressources dans le temps que de les délivrer en pics de charge :

  • étudier un peu tout au long du semestre plutôt que toute la nuit avant l’examen ;
  • contrôler un système régulièrement plutôt qu’après la panne ;
  • faire des sauvegardes automatiquement plutôt qu’après la perte d’un fichier ;
  • discuter des petits désaccords avant qu’ils ne deviennent une vision du monde ;
  • se reposer avant l’épuisement total.

La prévention a cependant un coût elle aussi. On peut se préparer si minutieusement à chaque désagrément peu probable qu’il ne reste plus rien pour la vie ordinaire.

Une action régulière est donc justifiée si :

  • le problème est probable ;
  • le dommage est important ;
  • la vérification est peu coûteuse ;
  • l’accumulation se fait sans qu’on la voie ;
  • une correction tardive coûte bien plus cher.

Personne n’est tenu de vérifier chaque jour l’état de toutes les canalisations de sa maison. Il suffit de repérer les fuites, d’entretenir l’installation à une périodicité raisonnable et de savoir où l’on coupe l’eau.

Un bon entretien se remarque rarement. C’est sa tragédie professionnelle : quand tout fonctionne, on a l’impression qu’il était inutile.

La dentisterie fait ce calcul ouvertement. Un contrôle tous les six mois ne coûte pas cher et se termine par un « à bientôt ». Deux années sautées transforment un plombage en traitement de canal, et le traitement de canal en couronne, et l’écart ne se compte pas en pourcentages mais en ordre de grandeur. Or aucun jour de ces deux années n’a été vécu comme la décision de ne pas soigner ses dents. Chacun a été vécu comme un « pas le temps là ».

D’où une règle difficile à tenir : une action régulière se justifie non par le défaut trouvé aujourd’hui, mais par le fait que la vérification est bon marché et la découverte tardive coûteuse. Aucun retour n’est prévu ici, hormis la facture qui n’est pas arrivée.