Leçons de vie

Punir ou prévenir

Une loi qui interdit un acte ne reconnaît pas cet acte comme normal. Elle reconnaît que l’interdiction seule ne suffit pas.

Les gens savent qu’il ne faut ni voler ni tuer. La connaissance de la règle morale n’élimine pourtant pas le crime. Les causes du comportement incluent l’intérêt, l’impulsion, la pression du groupe, la dépendance, le désespoir et la certitude de l’impunité.

La punition remplit plusieurs fonctions possibles : elle met à l’écart une personne dangereuse, dissuade les autres, exprime la réprobation sociale, répare le dommage, ouvre une possibilité d’amendement et satisfait le désir de vengeance.

Ces fonctions ne coïncident pas. Un système peut bien isoler et mal corriger. Il peut punir sévèrement et ne presque rien prévenir. Il peut afficher de l’activité après l’événement sans réduire les causes du suivant.

Dès lors, la question « la peine est-elle assez sévère ? » est souvent posée trop étroitement.

Pour la prévention, ce qui compte est :

  • la probabilité d’être détecté ;
  • la rapidité de la réaction ;
  • la clarté de la règle ;
  • les conditions de vie ;
  • l’accès aux soins ;
  • l’éducation ;
  • la protection des victimes potentielles ;
  • la possibilité d’un comportement légal.

La police ne prévient pas tous les délits et n’élucide pas chaque vol. Cela ne prouve pas son inutilité complète. Les pompiers non plus n’arrivent pas avant la fumée.

Un service public doit néanmoins être jugé sur sa fonction réelle, et non sur la forme, les grades et le nombre de rapports.

La punition n’est pas justifiée parce que la souffrance du coupable rétablirait un équilibre cosmique. Elle est justifiée là où elle protège des gens, réduit la récidive et respecte la proportionnalité.

Un chien, en effet, ne comprend pas le code pénal. L’humain comprend les mots, mais cela ne signifie pas encore que les mots suffisent.

La différence entre la sévérité et la probabilité se voit dans un entrepôt. Le directeur qui perd de la marchandise peut annoncer qu’un vol vaudra licenciement pour faute et plainte à la police — et continuer à perdre au bordereau. Le même directeur peut instaurer un inventaire hebdomadaire des stocks et une caméra au-dessus de la zone d’expédition. La première mesure augmente le prix de se faire prendre, la seconde la probabilité de se faire prendre, et elle agit d’ordinaire plus vite. Après la mise en place de l’inventaire, on volera moins sans le moindre licenciement — simplement parce que le délai entre la disparition et la détection passera du trimestre à la semaine.

La sévérité coûte peu à celui qui la proclame : elle n’exige ni comptabilité, ni temps, ni argent. C’est pourquoi les systèmes qui détectent mal compensent presque toujours par le volume sonore de la sanction.