Les cinq premières minutes
Une grande tâche ne fait pas peur que par son volume. Elle exige de passer d’un état où rien ne se produit à un état de travail. Cette transition est souvent plus désagréable que le travail lui-même.
Peter Gollwitzer a étudié l’écart entre l’intention et l’action et a proposé les « intentions de mise en œuvre » : relier à l’avance une situation précise à un pas précis. Non pas « je vais m’y mettre davantage », mais « mardi, quand je poserai ma tasse dans l’évier après le dîner, j’ouvrirai le fichier et je travaillerai dix minutes sur la première partie ».
Une telle formule ne crée pas de motivation à partir de rien. Elle réduit le nombre de décisions au moment du démarrage. On n’a plus à rediscuter avec soi-même si la soirée convient et si l’inspiration est suffisante. La situation devient le bouton de mise en marche d’une petite action choisie d’avance.
Il est donc utile de commencer non par la promesse de tout finir, mais par une action difficile à refuser :
- ouvrir le document ;
- écrire le titre ;
- lire la première page ;
- disposer les outils ;
- passer un coup de fil ;
- travailler cinq minutes.
Cinq minutes ne régleront pas une grande tâche. Elles en règlent une autre : elles suppriment l’immobilité.
Une fois commencé, le travail devient concret. À la place d’un « il faut écrire le rapport » abstrait apparaissent un tableau, un paragraphe contestable et deux chiffres manquants. On négocie plus facilement avec des obstacles concrets qu’avec la sensation brumeuse d’une affaire énorme.
Parfois, après cinq minutes, il vaut la peine de continuer. Parfois il devient clair qu’il manque pour l’instant des données, des forces ou du temps. C’est aussi un résultat. La tâche cesse d’être un monstre inconnu et se transforme en liste de conditions.
La méthode du petit début ne doit pas devenir un culte des accomplissements microscopiques. On peut passer des années à « en faire au moins un peu » sans jamais atteindre le volume qui change vraiment le résultat. Le premier pas est précieux parce qu’un deuxième est censé le suivre. Mais exiger de soi tout le chemin d’emblée est un moyen sûr de rester à l’entrée.
Cela se voit bien sur n’importe quel formulaire repoussé depuis des semaines. Tant que le document n’est pas ouvert, il existe comme un « régler la question des impôts » — un objet sans dimensions. Quatre minutes après l’avoir ouvert, il apparaît que sur onze champs, sept se remplissent automatiquement, trois sont évidents et un exige un numéro de contrat qu’il faut demander. L’affaire n’en est pas devenue plus plaisante. Elle est devenue une liste d’un seul point.
L’effet secondaire est plus honnête que la promesse : parfois, cinq minutes montrent que la tâche est réellement grande et qu’il lui faut une journée entière. L’immobilité disparaît non parce que c’est devenu plus facile, mais parce qu’il y a désormais matière à planifier.