Leçons de vie

Le prix de l’inquiétude

Le dommage et le fait de vivre ce dommage sont deux dépenses différentes.

On peut perdre une petite somme, puis passer la soirée à démontrer au coupable sa déchéance morale. Le coût final de l’incident devient supérieur au coût initial.

Traduire le problème en argent redonne parfois l’échelle :

Combien vaut ce qui a été perdu ?

Combien de temps prendra la réparation ?

Combien ai-je déjà dépensé en agacement ?

Qu’est-ce qui coûte le moins : obtenir un dédommagement ou clore la question ?

C’est particulièrement utile pour les pertes domestiques, les petites réparations, les achats ratés et les litiges portant sur de faibles montants.

Cela dit, tout préjudice ne s’exprime pas honnêtement en argent. Une limite franchie, une humiliation, une trahison ou un risque de récidive peuvent compter même quand le dommage matériel est nul.

Parfois le litige ne porte pas sur dix euros, mais sur le fait de savoir si la personne continuera à prendre de l’argent sans demander.

Le stress non plus n’est pas du soin. Il peut accompagner le soin, mais par lui-même il ne répare rien.

Il est utile de convertir l’angoisse en action :

Que puis-je vérifier ?

Qui dois-je prévenir ?

Comment réduire la probabilité ?

Quand revenir à la question ?

Qu’est-ce qui échappe à mon contrôle ?

Une fois les actions possibles accomplies, l’angoisse résiduelle ne devient pas plus utile parce qu’on monte une garde intérieure supplémentaire.

L’agacement dépend bien du contexte. Le retard d’un ami peut tomber à pic si nous ne sommes pas prêts nous-mêmes. Mais cela ne veut pas dire que l’irritant se trouve toujours à l’intérieur.

Un retard régulier sans prévenir crée une gêne réelle. On peut changer son regard, mais parfois il vaut mieux changer l’accord.

L’émotion signale un écart entre l’attente et la réalité. Parfois il faut revoir l’attente. Parfois la réalité. Parfois la personne avec qui l’on fixe des rendez-vous.

Le compte se tient commodément en heures. Rapporter une bouilloire défectueuse à quarante euros, c’est un courriel, un appel, un déplacement avec le carton et deux semaines d’attente du virement : quatre heures environ, avec de la chance. Tant que le litige a une chance d’aboutir au remboursement, il est rentable. Ensuite commence la deuxième phase : lettres aux organismes de contrôle, avis en ligne, explications aux connaissances sur ce qui cloche exactement dans ce magasin. On continue non plus pour quarante euros, mais pour que le magasin reconnaisse son tort — et c’est un autre achat, en général bien plus cher que la bouilloire.

Reconnaître le changement d’objectif n’est pas battre en retraite. La question de principe est parfois utile et mérite qu’on paie pour elle. Le seul problème, c’est quand la facture n’est pas établie et qu’on croit encore récupérer quarante euros.