Leçons de vie

Une volonté avec des causes

Toute décision a une préhistoire.

Le choix est influencé par l’éducation, le tempérament, les hormones, la fatigue, l’expérience, l’information disponible, la pression sociale et le temps écoulé depuis le dernier repas. La conscience ne prend pas ses décisions dans une pièce stérile hors de la causalité.

On en tire parfois la conclusion qu’il n’y a pas de libre arbitre du tout : le cerveau a produit l’action, et la conscience a composé l’explication après coup.

Peut-être. Mais la vie pratique n’en disparaît pas entièrement.

Une personne est capable de :

  • examiner plusieurs options ;
  • se représenter les conséquences ;
  • remarquer sa propre impulsion ;
  • établir des règles à l’avance ;
  • modifier son environnement ;
  • tirer des leçons du résultat ;
  • demander à quelqu’un de la retenir de prendre sa décision habituelle.

Toutes ces actions ont elles aussi des causes. Cela ne les rend pas inutiles.

Le débat sur le libre arbitre confond souvent deux questions distinctes :

Une personne aurait-elle pu, dans des conditions absolument identiques, agir autrement ?

Une personne est-elle capable de modifier les conditions de ses décisions futures ?

À la première question, il est difficile de répondre de façon vérifiable. À la seconde, la réponse est plus évidente : l’apprentissage, les lois, les conversations, la thérapie, les habitudes et les sanctions existent précisément parce que le comportement peut changer sous l’effet de causes.

La responsabilité ne suppose pas nécessairement une capacité mystique à décider en dehors de l’ordre du monde. Elle peut signifier que la personne est le nœud du système par lequel passent le choix et ses conséquences.

Cela permet de tenir compte des causes d’un acte tout en exigeant un changement de comportement.

Quelqu’un qui a grandi dans un milieu violent n’a pas choisi ses conditions de départ. Cela ne lui donne pas pour autant le droit de nuire à autrui. L’explication réduit le mystère. Elle n’annule pas toujours la responsabilité.

Le dialogue intérieur rationalise effectivement souvent un désir déjà apparu. Mais il l’arrête parfois. Mieux vaut ne pas licencier la conscience au seul motif qu’elle n’est pas directrice générale. Un bon service de contrôle est utile lui aussi.

La différence pratique se voit sur des exemples ennuyeux. Quelqu’un qui a décidé de dépenser moins peut lutter chaque soir contre l’envie de commander une livraison — et perdre à peu près une fois sur deux. La même personne peut mettre en place un virement automatique d’une part de son salaire vers un compte séparé le jour où il arrive. La seconde décision se prend une fois et à tête reposée, la première trente fois par mois et surtout à la nuit tombée. La volonté n’a pas augmenté d’un gramme : on lui a simplement confié une tâche au lieu de trente.

Le libre arbitre, s’il habite quelque part, n’habite pas l’instant du choix, mais ce qui le précède. Au moment où la main se tend vers le téléphone, tout est déjà décidé pour l’essentiel — par une décision antérieure sur ce que serait cet instant.